LA NUIT JUSTE AVANT LES FORETS


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Dans la solitude des champs de coton

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Samuel Wahl pour Micro Cassandre N°12 – 2005 
« A une heure où d’ordinaire l’homme et l’animal se jettent sauvagement l’un sur l’autre », au détour d’une rue sombre et calme, quelques ombres mystérieuses convergent en silence vers un lieu de rendez-vous tenu secret jusqu’à la dernière minute. Quelle intrigue se trame derrière cette étrange déambulation nocturne ? 

Tous se figent. Qui interpelle ? Où cela commence-t-il ? Un dialogue s’amorce entre l’un parmi nous et l’homme qui lui fait face. Nous nous installons autour, selon un cercle disparate, adossés aux murs de chaque côté du passage, tapis dans les encoignures de portes, accroupis au bord des trottoirs, attentifs à saisir les premières bribes de cette curieuse rencontre. Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès se joue ici, dans la rue, en « situation ». Sylvie Haggaï et Gwennaëlle Roulleau, prenant Chéreau à rebours (qui avait, on le sait, fait construire aux Amandiers un décor entier en forme d’échangeur d’autoroute) s’attachent à remettre le théâtre dans la ville, désencombré de dispositifs trop voyants pour en saisir la vigueur première, à nu, à cru. Elles relèvent ainsi la double gageure de s’approcher du texte comme du public, au plus près de ce que permet le respect de l’un et de l’autre. Cette écriture faite de poésie désacralisée se partage à égalité, trouvant dans ces lieux « communs » l’espace de son inscription. Des passants viennent se joindre à l’écoute, les jeunes du quartier notamment, surpris de voir la poésie « tenir les murs ». Les mots s’insinuent dans les aspérités du décor naturel comme dans les méandres de nos intimités. Entre l’affrontement et l’évitement, le spectateur se voit offrir la place de son choix pour se situer dans la tension du jeu. Les arabesques verbales des comédiens, leurs cheminements courbes qui croisent ceux du public délimitent l’espace des présents tout en ouvrant sans cesse des lignes de fuite. Dans  ces « déplacements », la parole retrouve et prolonge le mouvement originel du texte, là où le premier basculement à eu lieu.

Ce qui se joue quand la ville policée semble évanouie, aux heures des ombres longues où les comportements se troublent, aux charnières de nos sensibilités, prend l’allure d’un complot après l’agitation urbaine pour se confronter à la nuit, contre l’oubli.

Avant le face à face, le cercle se décline en se dispersant, sans applaudir. Dans le silence, sourd l’écho des profondeurs de ce surgissement long, des ruelles aux grands boulevards, le temps suspendu continue à questionner notre rapport à cette trouble fiction devenue, l’espace d’un instant, si réelle. Mus par cette transgression des frontières, nous avançons en passe-muraille dans l’anonymat de la ville. 

 

Jacqueline Gamblin pour le journal Le 18e du mois – octobre 2004 -
Expérience théâtrale peu habituelle : une pièce de Bernard-Marie Koltès jouée dans la rue, dans le quartier de la Goutte d’Or. Elle doit être jouée à nouveau, toujours dans la rue, en octobre, dans le quartier de la Porte Montmartre, le quartier des Abbesses, et dans le quartier Château rouge. C’est Sylvie Haggaï qui a eu l’idée de mettre en scène dans la rue la pièce de Bernard-Marie Koltès Dans la solitude des champs de coton. Et ce 21 septembre, soir de la première représentation, nous avions rendez-vous rue Cavé, devant le Cargo 21, où Sylvie Haggaï et son assistante Gwennaëlle Roulleau accueillaient le public ; Tenu secret, le lieu où la pièce devait être jouée a été révélé à la quinzaine d’amateurs que nous étions à l’issue d’une brève marche conduite par les deux femmes, dans une rue du quartier de la Goutte d’Or. Là, dans les escaliers de la rue Boris Vian, à la lueur des réverbères, un homme jeune, vêtu de sombre, a jeté sa veste sur les pavés où l’urine traçait un généreux sillon. Adossé à une murette, il attend, regard perdu, tandis que les spectateurs se placent des deux côtés du passage où ils pourront se déplacer sans gêner le jeu des comédiens. Le trouble s’installe à l’arrivée d’un autre homme au visage émacié, qui entre dans le cercle sur les pas de riverains passant là pour rentrer chez eux, ou bien engagés dans des palabres…On comprend que ce deuxième homme est lui aussi un comédien.

Bras croisé, l’homme en noir se révèle « dealer » (Fabrice Clément), proposant « une chose » que le « client » (Patrick Alaguératéguy) supposé qui s’avance « n’a pas ». Alors que les appartements alentour s’éclairent, cernant la scène publique à l’heure où « grognent hommes et animaux », des enfants du quartier s’installent en chuchotant, paquet de pommes chips sous le bras, au côté du dealer qui confirme avoir « déjà » ce que le client sollicitera. Mais le client ne connaît « aucun autre désir »… (…) Et lorsque la chemise, « habit d’un homme » en souffrance, rejoint la veste noire gisant au sol, avec le risque pour l’un d’être pris pour l’autre qui « ne redoute pas la violence de la camaraderie dans la solitude », il est temps pour le public de méditer sur l’humanité du propos. Troublé et ébloui à la fois par la force du texte, on rejoint à pas lents le Cargo 21, spectateurs devenus amis accompagnés par Sylvie et son assistante. Plus tard, les comédiens nous rejoindront pour évoquer, autour d’un verre, ce combat de mots sans règles qui les a « jetés » dans la rue.


Jacqueline Gamblin pour Le 18e du mois -2005 -
Sylvie Haggaï et le théâtre « dans la rue »
Engagée depuis longtemps dans le travail théâtral et la vie culturelle du quartier de la Goutte d’Or où elle demeure depuis quinze ans, (…). De 1991 à 1999, elle dirige le Théâtre en 2, basé à la Goutte d’Or. Arrabal, Brecht, Grumberg, Sallenave, Pasolini figurent au registre de ses auteurs. (…) Quand lui vient l’idée de présenter des spectacles à domicile à la demande de particuliers, elle s’installe chez eux avec ses comédiens, quarante-huit heures durant, pour s’imprégner de l’atmosphère des lieux. Elle est intéressée par ce qui peut «déplacer la donne» pour susciter des réactions. Le théâtre « dans la rue » et non pas « de rue » s’impose à elle en marchant parmi la foule. Son désir de défendre une autre idée de mise en espace du théâtre excluant alors le confort du spectacle en salle « où la lumière s’éteint quand le rideau se lève », s’articule autour du propos dramatique de Dans la solitude des champs de coton. « Le texte de Koltès m’a mise dans la rue », lâche-t-elle (…).

Sa mise en scène de Dans la solitude des champs de coton est présentée une première fois à la Goutte d’Or en octobre 1999, puis à Avignon pendant le festival.

Sylvie Haggaï anime également des ateliers théâtre dans le cadre d’associations de la Goutte d’Or (Espoir Goutte d’Or et les Enfants de la Goutte D’Or) et elle a été durant quelques mois la responsable des soirées littéraires de Lectures Gourmandes.


Dominique Delpirou pour Le 18e du mois -2009 -
(Suite à une répétition générale)
(…) Sylvie Haggaï reprend, avec les mêmes comédiens, ce texte majeur qu’elle avait déjà « mis en rue » il y a cinq ans à la Goutte d’Or, dans les rues où les passants pouvaient passer librement comme si de rien n’était, où les spectateurs entouraient les comédiens…Elle le fait pour rendre hommage à Koltès, disparu il y a vingt ans, et surtout répondre à l’envie de l’équipe. Elle nous a conviés à une répétition générale le 24 septembre. Depuis le point de rendez-vous sur le parvis de l’église Saint-Bernard, nous l’avons suivie jusqu’au « territoire du Dealer », quelque part dans le quartier. (…) Le pari est réussi. (…) Sylvie Haggaï et ses comédiens ont su déjouer les pièges qui guettent les metteurs en scène : asséner des réponses quand l’énigme reste entière, mettre de la psychologie là où il n’y a que des ponts de vue, tomber dans l’anecdotique. Au contraire, ils élèvent l’échange au niveau d’un dialogue philosophique « à la façon XVIIIe siècle ». C’est ce que voulait Koltès.




Quand une compagnie théâtrale s'invite dans un immeuble






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Côté cour Côté rue


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